dim. Avr 21st, 2024
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Connu pour ses concepts très prononcés et son esthétisme minutieux, Yórgos Lánthimos livre sûrement avec Pauvres Créatures son œuvre la plus totale. Totale dans l’exploration des genres, dans la mise en scène dantesque et dans son concept aussi torturé que brillant. Reprenant le mythe du Promethée moderne en le féminisant, Pauvres Créatures est l’odyssée de Bella Baxter, jeune femme suicidée et ranimée grâce à son propre fœtus. Concept tordu donc mais qui laisse place à un voyage initiatique puisque Bella a encore tout à vivre.
La première partie évoque le noir et blanc de l’Elephant Man de Lynch et des productions des années 30 et nous emmène progressivement à la découverte du monde que nous explorons à travers les yeux enfantins de Bella. Dans ce périple halluciné, l’univers s’inspire des tableaux de Dali, Magritte ou encore des maquettes des films de Meliès qui viennent revisiter le steampunk en lui ajoutant une dose d’acide. La naïveté et la soif insatiable du personnage la poussent à vouloir découvrir toujours plus, sans filtres et sans appréhension des carcans de la société bourgeoises, laissant ainsi place à des scènes crues et déjantées. La découverte se cristallise premièrement autour des premières expériences sexuelles menées par Duncan (Mark Ruffalo), dandy profiteur à l’ego fragile, et ensuite par la prise de conscience des inégalités du monde, ce qui plongera Bella dans une colère d’enfant qui se rend compte de la cruauté universelle.

La performance d’Emma Stone est stupéfiante. D’une démarche de pantin à une diction primaire et candide, son expression faciale passant de la candeur à la froideur, à l’instar d’un bambin, l’actrice de 34 ans offre probablement son rôle le plus atypique de sa carrière. L’ambiguïté que cultive les hommes autour d’elle, son créateur sobrement appelé « God » (Willem Dafoe), son fiancé (Ramy Youssef), Duncan, pourrait laisser penser qu’on se sert d’elle – et il est vrai un temps – mais le parcours ascensionnel du personnage fait que Bella finit par avoir le dernier mot. Ainsi, de film initiatique reprenant les codes du roman, Pauvres Créatures conclue son déroutant périple en un manifeste féministe percutant. Un film qui ne laissera personne indifférent et partage entre dégoût, humour et stupeur.

par Antoine ROUIT LORVIN

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